Une brève histoire du design, de Thonet à Starck en passant par Le Corbusier, Panton, Eames et Paulin

Aux sources du design, de la révolution industrielle aux années folles

La deuxième partie du XIXe siècle voit l'arrivée des premères productions industrielles de meuble. C'est la rupture avec l'artisanat.

Symbole de cette nouvelle ère, la chaise Thonet (1859) (voir image en haut à gauche) en pièces de bois courbé façonnées et vissées à la chaine. Cette réussite démontre la possibilité d'associer production de masse, qualité et beauté formelle. La manufacture Baumann est un autre exemple de ces premiers meubles indutriels en bois de bonne facture.

Au début du XXe siècle, naissent des mouvements artistiques qui vont s'emparer des questions du mobilier : cubisme, constructivisme, les avant-gardes vont investir la vie quotidienne et conjuguer recherche théorique et application pratique sans négliger l'estéthique. On peut citer  les chaises géométriques et colorées de Rietveld, ou bien le Bauhaus de Walter Gropius qui prone rigueur et innovation à l'image des fauteuils en structure tubulaire de Marcel Breuer

C’est en 1920 que le « design » au sens on en l'entend aujourd'hui apparaît : un style aux lignes simples et géométriques qui se heurte à l’art nouveau (appellé par ses détracteurs "art nouille") considéré trop baroque. Ce temps est aussi celui du début de la décoration intérieure avec des meubles de luxes aux matières nobles (l’ébène gainée de parchemin ou le citronnier avec incrustation de palissandre) et un créateur célèbre : Ruhlmann. On connaît également Jourdain et Chareau avec un mobilier plus moderniste et architecturale. Cette période s'achève par la création de l’UAM (Union des artistes modernes) en 1929 par Le Corbusier, qui vient de créer avec Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret le mythique fauteuil LC3 (voir image en haut à droite)

Les années après guerre : les trente glorieuses du design

L'après-Guerre marque le renouveau du design, pour des raisons économiques car les trente glorieuses voient la naissance de la société de consommation, mais aussi grâce à de nouveaux matériaux de synthèse inventés dans le cadre de l’effort de guerre (!) : le Polystyrène, le Vinyle, le  Plexiglas, le Polyester armé de fibre de verre,.... Certains designers s'emparent des nouvelles possibilités offertes par ces matériaux : Charles Eames (voir en haut à gauche son celebre fauteuil) et d'Eero Sarineen. Tous deux imaginent pour leurs clients, Hermann Miller et Knoll, des sièges-coques, à base de polyester armé de fibres de verre, donnant ainsi suite à leur projet primé au concours Organic design for home furnishing de 1940, organisé par le MoMA.

Le fonctionnalisme dominant hérité d'avant guerre n'empêche pas certains designers de défricher un nouvel univers formel, conjuguant héritage du Streamline (c'est à dire le style "paquebot" international des traversées transatlantiques) et forme libre. Ainsi, le Danois Verner Panton reprend-t-il à la fin des années 50 l'idée du siège ZigZag imaginé avant-guerre par Rietveld dans une version de planches de bois épaisses. Panton utilise les techniques de moulage de matériaux de synthèse ABS pour obtenir une forme unique, faisant office d'assise et de piètement, et d'une extrême fluidité (cf. photo en haut à droite)

Dans les années 60, on assiste à la multiplication des expositions de meuble et de magazines de décoration. Face à l’euphorie de la consommation, la culture pop et sa vague de contestation annonce la rupture avec les formes fonctionnelles. Elle marque une période de création débridée et la prolifération du plastique, des revêtements de mousse, des couleurs vives. L’humour et la dérision se côtoient dans un mobilier qui entend s’adapter au corps et à un mode de vie communautaire (fauteuils moulés sur le corps humain, canapés au ras du sol).

Quelques designers et modèles phare :

Arne Jacobsen et sa fameuse chaise Fourmi :

 chaise ant arne jacobsen

 Alvar Aalto qui instaure dans ses réalisations de mobilier le procédé du lamellé-collé de bois :

 

Eero Saarinen et sa chaise Tulipe :

George Nelson et ses couleurs flashy :

Les Italiens Gio Ponti, Carlo Molino, Marcello Nizzoli accompagnent le boom de l'industrie italienne de l'après-guerre et créent les icônes de La Dolce Vita : vespa, machine à expresso, belles carrosseries, etc

1960-80, autocritique du design et réinvention poétique

A la fin des années 1960, parallèlement au mouvement d'architecture radicale, l’antidesign, porté par les œuvres de Joe Colombo, repense l'habitat à partir du design et contre les formes hiérarchiques de l'architecture. Il invente les conditions d'une vie quotidienne moderne en correspondance avec le monde dans un rapport harmonieux espace-temps et invite ses pairs à repenser complètement l'habitat à partir du design.

L’agence italienne Archizoom, est fondée en 1966 à Florence en Italie par Andrea Branzi, Gilberto Corretti, Paolo Deganello, Massimo Morozzi, Dario Bartolini et Lucia Bartolini. Le groupe Superstudio est fondé en 1966 à Florence en Italie par Adolfo Natalini et Cristiano Toraldo di Francia. Natalini écrit en 1971 : « si le design est plutôt une incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l'architecture sert plutôt à codifier le modèle bourgeois de société et de propriété, alors nous devons rejeter l'architecture ; si l'architecture et l'urbanisme sont plutôt la formalisation des divisions sociales injustes actuelles, alors nous devons rejeter l'urbanisation et ses villes… jusqu'à ce que tout acte de design ait pour but de rencontrer les besoins primordiaux. D'ici là, le design doit disparaître. Nous pouvons vivre sans architecture. »

Le Groupe de memphis est fondé par Ettore Sottsass en 1980, le mouvement est une réaction au style international, marqué par une production humoristique et poétique.

Droog Design est découvert à la Foire Internationale du Meuble de Milan en 1993 dans l'exposition off de la Design Academy d'Eindhoven. Caractérisé par une impertinence, une approche critique et décalé, les productions font souvent figures de manifeste. C'est une fondation dirigée par l'historienne d'art Renny Ramakers et le designer Gijs Bakker, tous deux originaires des Pays-Bas. Droog Design se définit comme un label et regroupe des designers internationaux convergent sur cette même approche (Jan Konings, Jurgen Bey, Marcel Wanders, Tejo Remy, Piet Hein Eek...) Ce mouvement est avant tout un pied de nez au design institutionnalisé, aux formes fluides et fonctionnelles. Ce groupe est très liés aux idées des années 1960-70, notamment le design radical.